Pédagogie

Des Enfants "si embêtants" : comment arrivez-vous à leur donner cours ! ?

Réponses de Dieter Truyen aux questions posées par des étudiants en éducations physique de la Région Bruxelloise

Enseigner en Flandre ou à Bruxelles, y a-t-il vraiment une différence ?

Mon expérience se situe surtout à Bruxelles. Il est vrai que les quelques fois où j’ai donné cours hors de Bruxelles, j’ai trouvé que c’était plus facile …mais pas pour autant plus amusant ! On choisit d’enseigner hors de Bruxelles, ou bien précisément à Bruxelles. Travailleurs sociaux, animateurs et professeurs d’éducation physique sont tous confrontés à ce choix. Le fait est qu’enseigner à Bruxelles apparaît comme un engagement ou parce qu’il ne s’est pas présenté de place vacante ailleurs. Dans ce dernier cas, la décision peut engendrer deux effets à court terme: soit ça deviendra vite une source de frustration et on attendra qu’un poste de travail se présente hors Bruxelles, soit ça deviendra un sérieux défi et on accepte de le relever. Pourtant, soyons clairs, ce n’est pas parce qu’on a accepté ce défi qu’on aura du succès pour autant. Le succès dépendra d’une multitude de facteurs.

Quelles sont les grandes différences entre une école disons "normale" et une école à Bruxelles?

Quelles sont les différences entre Bruxelles et les autres régions ? Chacun en a son idée là-dessus! Chômage, pauvreté, logement précaire, emploi trop flexible, manque de formation… et on se demande si cela peut avoir une influence sur la mentalité des enfants et des jeunes? Bien sûr, que ça a de l’influence! A Bruxelles aussi, il y a une différence entre les écoles des communes plus riches où habite une population plus aisée, issue des classes moyennes, et les écoles des communes pauvres. Mais on a tendance à l’oublier rapidement le jour où, comme enseignants, nous sommes confrontés à des problèmes d’éducation ou de stress. Alors soudainement, nous parlons d’enfants hyperkinétiques, de troubles de comportement ou de parents défaillants, comme si cette réalité socio-économique avait soudainement disparu. Et c’est là que nous commettons une grosse erreur, qui nous coûtera très cher. Parents et enfants sentiront bien que nous rejetons la faute sur eux, alors qu’ils sont eux-mêmes les victimes de cette situation. Que faire? Soyons ouverts à cette réalité sociale. Il ne faut pas la fuir, il faut aller à sa rencontre, par exemple en rendant visite aux enfants à domicile. C’est une suggestion importante, surtout dans le cas où l’enseignant n’habite pas la ville. Une autre option est de faire quelques recherches pour mieux connaître les chiffres exacts de cette réalité sociale. Ou de se demander si la réalité sociale ne produit pas des enfants stressés. J’entendais une enseignante en éducation physique dire :"On dirait des vaches, tellement vous faites du bruit!", "Vous êtes des cochons.", "Vous ressemblez à des …". Elle-même est stressée, son impuissance nourrit ses préjugés. Imaginez-vous à la place de l’enfant qui entend ça tous les jours. Ca va mal se passer. Pour conclure, je veux insister sur le fait qu’un facteur de réussite important pour la mission éducative à Bruxelles consiste dans le soutien d’une direction socialement engagée et/ou des collègues engagé(e)s et je vous assure, il y en a à Bruxelles.

Comment est-ce qu’on se fait respecter le plus vite par des enfants d’origine étrangère, qui ne cessent de nous importuner?

"Est-ce qu’on est difficile parce qu’on est d’origine étrangère?" et/ou "Est-ce que des enfants d’origine étrangère nous rendent la vie difficile tout le temps?" La prétendue origine n’a rien à faire avec un certain comportement d’un enfant en classe. Il y a tant d’enfants qui ne manifestent pas ce même comportement. Les préjugés vont vous empêcher d’être un bon prof et de trouver de bonnes solutions pédagogiques. C’est votre travail d’être là pour chaque enfant et certainement pour ceux qui ont le plus de difficultés. "Est-ce qu’un enfant est toujours difficile?" Non! Aucun enfant n’est toujours difficile. Votre position de départ doit être une attitude positive et ouverte, au lieu de vous fixer sur ce qui est négatif : une attitude qui ne peut que vous renforcer dans la conviction qu’on a à faire à "un cas désespéré". Sinon ce gamin va finir par croire lui-même qu’il ne vaut rien. Il faut régulièrement lever le pouce en l’air, et dire à haute voix : « Ok, bien fait ! ». En fait, chaque fois à la fin d’un cours, il faut se demander combien de fois on a utilisé son "pouce du bien fait". Il existe des directions, c’est un fait, qui vous diront lors de la réunion de professeurs qu’il ne faut pas trop perdre son temps avec tel ou tel enfant. Alors, comme enseignant débutant dans cette école, il ne faut pas trop vous attendre à être soutenu dans vos efforts. Malheureusement c’est une réalité, des enseignants qui "laissent tomber" carrément ces enfants. Il n’est pas évident de trouver du soutien dans de telles situations. Dans d’autres écoles, par contre, on trouve des directions engagées. Moi je pense qu’il faut s’interroger constamment sur ce qu’on a entrepris soi-même vis-à-vis des enfants les plus difficiles, les enfants plus faibles donc plus vulnérables. "Mais comment ça se fait que toi, tu n’en es toujours pas capable? En troisième maternelle, tu es bien capable de faire cela toi-même. Allez, tu peux nouer tes lacets toi-même!"

Est-ce que ça ne vous démoralise pas de travailler avec des jeunes aussi difficiles?

Il m’arrive parfois de rentrer à la maison en me sentant mal à l’aise, d’avoir une sorte de réaction chimique dans ma tête après un mauvais cours. Comment m’y prendre la fois prochaine ? Enseigner c’est apprendre, et cela également à partir de son échec. Ce qui est assez typique à Bruxelles, c’est que dès le début on n’échappe pas à la confrontation avec ses propres points faibles. Imagine-toi, ton premier cours et personne ne t’écoute. Tu dois encore apprendre à hausser le ton pour annoncer le début de la leçon. C’est douloureux de constater son impuissance. Mais nous ne pouvons jamais oublier que l’enjeu n’est pas notre bien-être personnel, mais bien de celui des enfants. Allez voir le titulaire de classe et présentez vos doutes! Sûrement que lui a déjà développé une méthode pour attirer l’attention des enfants au début du cours. Faites usage de son expérience, éventuellement de sa méthode. Osez lui poser des questions et profitez des acquis des autres dans l’approche d’une classe difficile. Vraiment, pour chacun de nous, cela prend du temps à apprendre. Quand on abandonne la partie face aux enfants, comme titulaire, on perd tout respect. Là se trouve ma réponse à la question "Comment gagner du respect?": on perd son crédit auprès des enfants si on baisse les bras. Les enfants veulent faire du sport et ils comptent sur vous pour ça. Mon point de départ est toujours: "Il n’existe pas d’enfants difficiles, il n’existe que des mauvais profs." Il s’agit de se remettre en question et de formuler des propositions. Si moi, dont c’est la profession, je n’arrive pas à présenter des solutions, comment puis-je les attendre des parents? Engrangez autant d’expérience que vous pouvez avant de débuter comme prof d’éducation physique à Bruxelles. Cherchez à collaborer aux camps sportifs organisés par Buurtsport Brussel par exemple, ou engagez-vous comme bénévole dans un centre sportif, de préférence un club sportif populaire, comme Fire Gym… Mais je constate que la plupart des étudiants en éducation physique qui ont suivi leur formation dans une école bruxelloise choisissent de donner cours en dehors de la région de Bruxelles, bien que le salaire soit le même. Pourquoi faire compliqué, si on peut faire simple !

Comment faire avec un élève qui a un comportement dérangeant et des parents qui ne s’en soucient pas du tout, ce qui fait que cet élève ne dispose pas des normes et des valeurs nécessaires au fonctionnement en classe ?

Des parents qui ne se soucient pas de leurs enfants?" Attention à ne pas juger trop vite. Peut-être que les parents s’y prennent mal, peut-être qu’ils ne voient pas de solution eux-mêmes, ou se trouvent eux-mêmes dans les misères… allez à la recherche de la réalité en engageant une conversation ouverte avec les parents. Les préjugés ont en général comme conséquence de fermer toutes les pistes, pour l’enseignant et surtout pour l’enfant. Dans les quartiers populaires à Bruxelles, beaucoup de parents sont eux-mêmes peu scolarisés, travaillent sous des statuts précaires, ne disposent à la maison parfois que d’une seule table à laquelle doivent faire leurs devoirs tous les enfants, et ce sont bien sûr ces parents-là qui sont montrés du doigt. Mais ne vous y trompez pas, il est bien possible que cet enfant se comporte chez lui parfaitement comme il faut, qu’il aide à faire la vaisselle,… mais qu’à l’école il soit un catalogue vivant de gros mots. Et pensez-vous qu’il l’ait appris chez lui, de ses parents? Eh bien, non. Et puis, "les normes et les valeurs nécessaires", vous entendez par là : "ne pas contester", "rester assis sans bouger", "se taire", "écouter" ? … en définitive, il s’agit d’éducation, et pourquoi ne serait-ce pas aussi le travail de l’école ? Si ce n’est pas l’école, qui s’en occupera? Nous constatons que de plus en plus l’enseignement se débarrasse de tout ce qui représente un obstacle au seul transfert de connaissances. On peut se demander si c’est dû à la pression des évaluations, ou quoi. En outre, l’éducation sportive est un excellent moyen d’organiser la coopération, l’entraide et le respect mutuel. Les parents inscrivent d’ailleurs en masse leurs enfants aux clubs sportifs, parce qu’ils veulent que leurs enfants apprennent, se développent et se disciplinent. Les parents assument leur responsabilité!

Quelles sont les éléments dont il faut tenir compte à chaque cours?

Prendre un bon départ, c’est la première chose, avant même une bonne programmation de son cours. Faites en sorte que tout soit préparé au niveau des agrès et d’autres outils! Puis, veillez à ce que les enfants soient tous allés à la toilette avant d’entrer dans la salle de sport. Autre chose, les vestiaires, dans les écoles primaires à Bruxelles, c’est parfois n’importe quoi. Se changer en fonction de la leçon d’éducation physique pose toujours problème! Ou bien il n’existe pas de vestiaire, ou bien il est trop petit, trop sale, les vêtements sont déposés dans la poussière,… et il y a des enfants qui ont besoin d’aide pour se changer pendant que d’autres commencent déjà à grimper partout. Pour tous ces détails il faut avoir prévu une manière de faire. Le petit enfant qui a encore des difficultés à se changer, laissez-le se mettre en tenue sportive avant les autres, prévoyez de l’assistance à cet effet ou encore, mettez en œuvre un système d’entraide des enfants ou faites appel à quelques élèves de sixième primaire. 1,2,3 … et, hop, tout le monde "ASSIS". Mais où alors? Prévoyez suffisamment de places pour que chacun puisse s’asseoir! Soyez sévère: "Je compte jusqu’à trois et à troi-oi-ois, tout le monde doit être assis, sans tout son bazar autour de lui." Et le premier qui s’assied en retard est envoyé immédiatement sur banc des punis. A nouveau, attention: ce n’est pas le but de les y envoyer tous. Quand on y envoie plus d’un(e) élève, on engendre l’effet pervers "c’est plus gai d’être sur le banc des punis que d’assister au cours". Une autre consigne: "Ne donnez les premières courtes explications pour démarrer, qu’au moment où tout le monde s’est tu." Mieux vaut attendre quelques secondes de plus et d’envoyer éventuellement le/la deuxième au banc des punis, éventuellement à la place du premier. En appliquant tout cela, on n’a toujours rien prouvé et tout le défi reste de savoir prendre aussi vite que possible un chouette début, plein de dynamisme pour les enfants. N’exagérez donc pas avec toutes ces consignes. L’élève envoyé(e) au banc des punis doit avoir tout de suite l’impression d’avoir raté quelque chose, de façon qu’il se dise: "Zut alors, j’aimerais bien participer!" Alors, donnez-lui cette occasion! Et quand il a bien fait l’exercice, n’oubliez pas de lever "le pouce du bien fait", cherchez le positif. Et puis, on reprend la leçon, 1,2,3… tout le monde "ASSIS". Exercice suivant.

Personnellement, je trouve que cette façon d’agir est parfois trop sévère.

Se montrer sévère est une chose, mais ce qui compte est d’arriver à une leçon bien réussie avec la participation de tous les élèves. Il est vrai que je les envoie sur le banc des punis, pour quelques minutes. Mais toutes les cinq minutes je démarre un nouvel exercice. L’enfant aura sa chance. Donc à la une, à la deux, à la trois, et hop, il sera bien probable qu’un autre élève se retrouve sur le banc. Je ne les envoie donc jamais sur le banc que pour une courte durée. Il existe des profs qui punissent l’enfant dès le début pour toute la durée du cours. Dans ce cas, c’est exclure au lieu de punir. Souvent l’enfant a déjà oublié la raison de sa punition, il n’a pas eu de cours sportif, et de surcroît, comme prof, vous perdez le respect des élèves. Vous avez ôté la fonction pédagogique de la punition.

Quand on a puni un élève, les parents te sautent sur le paletot. Le lendemain tu les trouves à l’entrée de l’école!

Ce qui prouve que ce sont des parents soucieux, qui défendent leurs enfants. Et c’est une raison de plus pour chercher la coopération de ces parents, en faveur de l’enfant. Si l’enfant a bien compris la raison de sa punition, il sera capable d’expliquer correctement cette raison à ses parents et de cette manière vous ne pourrez que gagner la confiance des parents. Posez la question à l’enfant: "Est-ce que tu sais pourquoi je t’ai puni?" Dans d’autres situations, on pourrait dire: "Selon toi, quelle punition as-tu mérité?" ou "Choisis ta punition toi-même.", en ajoutant éventuellement: "Ne l’estimes-tu pas trop légère, cette punition?" Pas de longue discussion et après la conversation et la négociation éventuelle, il faut immédiatement revenir à l’action sportive. Souvent l’enfant s’inflige une punition active. Il veut bouger. OK, dans ce cas, négociez comme punition un exercice qui exige de l’effort physique, reculant les bornes de sa capacité, tout en restant réalisable. C’est aussi de cette manière que vous préféreriez être traité, non?

Y a-t-il un truc ?

A mon avis, il en existe un, oui. C’est une cadence élevée du cours. C’est bien le cours sportif qui est le plus important et non pas les punitions! Il faut se rendre compte que chaque punition va freiner la cadence, et punir les autres élèves, qui ont bien obéi et écouté à temps. Une demi-douzaine à une huitaine d’exercices doit être achevée pendant une leçon qui dure 40 minutes. Garder du mouvement en permanence, par des circuits d’exercices, par toutes formes de jeux sportifs, c’est ça qui compte. Beaucoup de mouvement, c’est souvent aussi beaucoup de plaisir. Programmez des exercices exigeant de la coopération, de l’entraide. Encouragez-les, montrez que vous attachez réellement de l’importance à leur réussite, impliquez-vous vous-mêmes dans le cours. Bien sûr, cela vous fatiguera, mais je vous assure que tout le monde aura plus de plaisir au cours. N’obligez pas aux enfants à se mettre en rang et à faire des roulés-boulés chacun à leur tour. Il n’y a rien d’aussi ennuyeux! On se contenterait bien de moins pour commencer à pincer les fesses de celui qui se trouve devant soi. Vous-même, vous devez croire dans votre cours, dans les exercices proposés, et les enfants doivent pouvoir sentir, entendre, voir votre enthousiasme de sorte qu’eux-mêmes ils en seront "contaminés". Si vous aimez bien l’exercice vous-même, en général, c’est qu’il est bon.

Un ou une élève vraiment très difficile, comment l’approcher au mieux? Parlons d’un(e) élève qui ne veut vraiment pas obéir, malgré une punition pédagogique?

Approchez cet enfant en premier lieu comme un être humain, un enfant (vulnérable) qui a besoin de vous, pas comme un objet dont se débarrasser. Ecoutez-le, parlez-lui, par exemple prenez le temps après la leçon de vous asseoir à côté de lui. Est-ce qu’il/elle a compris pourquoi il/elle a été puni? Expliquez-lui, donnez-lui la parole, cherchez le dialogue… en un mot, prêtez attention à cet enfant. Essayez de trouver une solution ensemble. Faites des accords et évaluez-les au bout du cours suivant. Qu’y avait-il déjà de positif, qu’est-ce qui posait encore problème? Représentez-vous une plus-value pour chaque enfant ? Et parfois on se trouve réellement dans une impasse! Dans ces cas, évitez la connivence avec ceux qui ont laissé tomber l’enfant comme un cas désespéré, parce que là ne se trouve certainement pas la solution. Allez à la rencontre de collègues qui partagent vos options pédagogiques et votre attitude à l’égard des enfants difficiles. Reconnaissez que vous êtes dans l’impasse. Le partage de son expérience et la discussion commune d’une situation problématique bien décrite pourront ouvrir des pistes à d’autres solutions, du moment que vous ne collez pas "d’étiquette" sur le dos de ce/cette petit(e). Tout autre chose est l’enfant qui cherche de l’attention négative, par exemple en tapant du pied pendant que vous êtes en train d’expliquer l’exercice, ou qui essaye simplement que de vous provoquer d’une manière ou d’une autre. Si à votre demande, l’enfant ne s’arrête pas, ne tombez pas dans le piège. Commencez le plus rapidement possible l’exercice suivant, de façon à ce que les autres élèves puissent compléter leur leçon.

Que faire en cas de dérapage complet du cours?

Oui, si le programme n’est pas bon, cela peut arriver! Les enfants viennent à la leçon de gymnastique pleins d’attentes. S’ils ne peuvent pas bouger, s’ils doivent faire chaque fois la même chose, s’ils doivent subir des heures d’explications… alors, vous êtes vous-même la cause du dérapage et il faut immédiatement redynamiser le cours. Une autre cause de dérapage peut se trouver dans un conflit entre deux enfants, pris par le mauvais bout. Un(e) des enfants n’accepte pas l’injuste punition. Il faut savoir que des enfants qui sont dans une impasse personnelle, vont contester fortement une punition injuste. Il faut donc toujours commencer par écouter les deux versions, et de cette façon vous découvrirez assez vite qui était réellement en tort. Là aussi il est important de ne pas paralyser la cadence du cours, sinon on punit également les autres. Ordonnez aux deux enfants de se mettre sur le côté, l’un séparé de l’autre, en leur disant: "Attendez, je viendrai chez vous pour vous écouter." Aux autres, vous donnez d’abord les consignes pour l’exercice suivant et après vous cherchez à résoudre le conflit. A la fin de la leçon, si vous pensez que la classe pourrait en avait besoin, vous pouvez dire un mot du conflit. Osez expérimenter en matière de punition. Prenons le cas de deux enfants qui se querellent, tous les deux sont en tort, ils sont du même calibre. Donnez-leur la consigne qu’ils ne pourront participer à la suite du cours que s’ils parviennent à rester assis pendant 5 minutes l’un à côté de l’autre, en posant le bras sur l’épaule de leur « ennemi ». Et chaque fois que vous les regardez, ils doivent rire ensemble.

Quelle est la meilleure manière de les motiver?

Il faut disposer d’une "valise surprise", pleine d’idées et de projets afin de proposer régulièrement des actions spéciales. Ces projets ne coûtent pas forcément beaucoup d’argent. Organisez des équipes composées d’âges différents et donnez-leur des missions sportives coopératives. Apprenez aux enfants à rouler à vélo. (Beaucoup d’enfants ne savent pas rouler à vélo.) Un parcours "tour du monde" fou. Des circuits aux épreuves sportives qui font appel à l’imagination. L’effet « Notre professeur est spécial !» Une programmation avec 4 à 5 apogées annuelles qui font qu’ils ne pensent qu’à ça. A Bruxelles, il existe une offre abondante à ce sujet, dont beaucoup d’écoles profitent, apparemment plus qu’en Flandre. Là se trouve une autre raison d’enseigner à Bruxelles comme prof en éducation physique! L’ouverture à l’esprit d’initiative est énorme, à Bruxelles.

Selon vous, où se trouvent les points noirs dans l’enseignement bruxellois?

Il y a un problème général dans l’enseignement, à quoi s’ajoute à Bruxelles la problématique de la pauvreté. A Bruxelles, l’enseignement devrait être émancipatoire, alors qu’il confirme l’existence des classes sociales ; il les reproduit. C’est ce qu’il faut toujours garder en tête : de quoi avons-nous besoin pour concrétiser cette émancipation ? Il faut intervenir dans ce débat. Donner des devoirs, oui ou non? Pourquoi ne pas faire ses devoirs à l’école ? On verra vite si les enseignants y réussissent mieux que les parents qui souvent sont montrés du doigt. En effet, il faudrait plus de personnel éducatif pour y arriver, ce qui serait mieux que toutes ces prétendues "écoles de devoir" et autres groupes d’entraide scolaire, actuellement lancés par les parents. Ou encore, plus d’activités en Néerlandais, pourquoi pas plus d’offres d’activités sportives parascolaires en Néerlandais? De nouveau, il est clair qu’il y faut des moyens supplémentaires. En fait, il existe beaucoup de solutions aux points noirs de l’enseignement à Bruxelles. Ce qui manque c’est une traduction en réponses structurelles, comme par exemple du personnel, doté d’un statut fixe, capable de donner une formation continue, basée sur les meilleures expériences de terrain. Mais il faut que la tension se relâche. En Belgique et certainement en Flandre, on parle de plus en plus d’enfants « hyperkinétiques », ou encore d’enfant « amphétaminé », qui avalent des pilules de Rilatine, pour mieux se concentrer. Les évaluations et les tests s’amplifient, la masse de connaissances à transmettre augmente. Les enseignants ont besoin de plus de temps et d’espace pour transmettre ces connaissances. Les critères de réussite scolaire devraient être évalués à la fin du cursus scolaire, et pas mesurés à la fin de chaque année scolaire. Le redoublement et/ou la réorientation scolaire sont néfastes au niveau pédagogique et ne font qu’entamer une spirale négative. Je suis en faveur d’une formation commune de tous les élèves jusqu’à l’âge de 16 ans, et par la même équipe pédagogique. Ça sera beaucoup plus favorable au bien-être de l’enfant et, c’est à mon avis, une méthode beaucoup plus fructueuse d’un transfert réussi d’un volume croissant de connaissances.